Observatoire de Paris Institut national de recherche scientifique français Univerité Pierre et Marie Curie Université Paris Diderot - Paris 7

Mina Konaka, en chemin vers la Lune

mardi 27 septembre 2022

Depuis sa plus tendre enfance, Mina Konaka a une passion, la Lune, et un objectif : devenir astronaute. Elle a toujours cru en ses rêves et tout son parcours, scolaire puis universitaire, l’a menée, étape après étape, vers ce but. Elle s’est formée en ingénierie spatiale puis en astronomie, suivant les pas de son modèle, Thomas Pesquet. En 2022, elle a commencé les épreuves de sélection de la JAXA pour réaliser son rêve et cela semble en bonne voie puisqu’elle aborde les dernières étapes du processus. Nous vous invitons à découvrir celle qui sera, peut-être, l’une des prochaines astronautes japonaises.

Mina Konaka au centre spatial de Tsukuba au Japon
Mina Konaka au centre spatial de Tsukuba au Japon

C’est dans un planétarium que tout a commencé...

Mina Konaka est née à Tokyo en 1995. Depuis qu’elle est enfant, elle se souvient d’avoir ressenti une forte attraction pour l’espace et tout ce qui est en relation avec le ciel ou les étoiles. Pourtant, personne dans sa famille n’avait le moindre lien avec le domaine scientifique. En fait, tout a commencé à l’école primaire, alors qu’elle n’était encore qu’une toute petite fille. Elle aimait observer les étoiles et pressait sa mère de lui en apprendre davantage sur l’espace. Alors, un beau jour, elle l’a emmenée au planétarium.

C’est alors que Mina a ressenti toute cette beauté, une émotion telle qu’elle a compris que, jamais elle ne renoncerait à cette passion. En cette période de sa vie, trois sujets la motivent plus que tout : les étoiles, les dinosaures et les insectes. Rien d’étrange à cela…la plupart des enfants aiment à se pencher sur ces domaines. Ce qui caractérise Mina, c’est qu’elle a toujours eu foi en ses rêves et, d’une certaine manière, les a réalisés. C’est ce que nous allons découvrir dans ce récit.

À cette époque, en 2007, la JAXA (l’agence spatiale japonaise) avait organisé un concours d’idées auprès du public pour nommer la première sonde qui devait explorer la Lune et prendre son envol en septembre 2007. Mina a suggéré Kaguya, le nom d’une princesse de la Lune dans les contes anciens japonais. Son homologue dans la mythologie grecque est Séléné.

Le temps a passé et elle avait presque oublié ce défi quand, un jour, elle a reçu une lettre de félicitations avec un certificat de la JAXA, l’informant que c’était sa proposition qui avait été retenue pour nommer la mission. Faut-il déjà y voir clin d’œil appuyé de l’espace ? En tout cas, c’est ce que Mina a ressenti et elle a réalisé que, malgré son jeune âge, l’espace était peut-être quelque chose qu’elle pourrait explorer en grandissant. Elle a suivi cette mission Kaguya avec un tel intérêt qu’elle a illuminé ses rêves d’enfant. Elle a donc décidé qu’un jour, elle irait sur la Lune, comme Kaguya, et décrété qu’elle deviendrait astronaute. « Des histoires de gosses » dirait-on avec une pointe d’ironie... Mais il n’est pas impossible que l’avenir prouve que croire en ses rêves peut vous emmener très loin.

Accrochez-vous à vos rêves et faites-en une réalité

« À dater d’aujourd’hui », se dit-elle, « me voilà en route pour la Lune » ! Pour initier ce long chemin, la première étape était de commencer à apprendre l’anglais dès que possible, ce qui n’est pas si simple dans le contexte scolaire japonais. Elle a donc prévu d’étudier les sciences et l’anglais pour réaliser son rêve. Pour acquérir des compétences linguistiques, elle savait qu’elle devrait, tôt ou tard, étudier à l’étranger.

Cela a commencé lorsqu’elle avait 15 ans à peine et qu’elle a passé deux mois en Australie, le pays anglophone le plus proche du Japon. À 17 ans, alors qu’elle était au lycée, elle a dû choisir des options pour étudier à l’université. Si elle n’avait pas le moindre doute quant à sa volonté d’étudier et explorer l’espace, la question était : Par quelle filière y parvenir ? Elle hésitait entre l’observation spatiale et la fabrication d’engins pour faire ces observations.

Elle a d’abord choisi d’étudier l’ingénierie mécanique et l’ingénierie aérospatiale comme matières principales à l’université de Tohoku, dans le nord du Japon. Il s’agit d’une université réputée pour l’ingénierie des engins spatiaux où elle a passé 6 ans entre 2014 et 2019. Elle y a obtenu sa licence et son master. Elle s’est spécialisée dans l’ingénierie aérospatiale et la mécanique. Son mémoire de licence portait sur la conception des roues du Rover lunaire. Pour son mémoire de master, elle a changé de sujet pour se consacrer aux satellites et a travaillé sur l’évaluation de l’analyse thermique d’un micro-satellite de 60 kg, ALE1, qui a été lancé par la start-up ALE. Ltd en 2019.

Comment devenir astronaute ?

Toujours concentrée sur son objectif de devenir astronaute, elle souligne qu’il était indispensable pour elle de découvrir de nouvelles cultures et d’être capable de parler couramment l’anglais. Pour atteindre cet objectif, elle a passé une partie de son cursus universitaire à l’étranger. D’abord en Californie (université de Davis), en 2016, pendant 6 mois. « Une partie très intéressante et motivante de ma formation », dit-elle. Elle y a étudié la robotique et l’industrie spatiale, découvert le mode de vie américain et a trouvé cela très enrichissant. La cerise sur le gâteau, c’est que certains de ses professeurs étaient des astronautes et qu’il était très intéressant d’être formée par eux et, ainsi, d’en savoir plus sur leurs activités dans l’espace.

Ensuite, elle a passé 6 mois en Allemagne (Université technique de Berlin) où elle a travaillé sur la conception thermique d’un nanosatellite de 35 kg. À la fin de cette période, elle a obtenu son diplôme et son master en génie mécanique 6 mois plus tôt que prévu.

Elle a ensuite décidé de passer ces 6 mois supplémentaires à travailler pour l’Université internationale de l’espace basée à Strasbourg. Comme il y avait un programme d’été en cours, elle a passé 3 mois à Strasbourg et les 3 mois restants en Australie. Autant d’occasions de découvrir de nouveaux modes de vie, car les voyages sont une passion pour elle. Alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années, elle a déjà voyagé dans 40 pays !

Mina Konaka au Chili
Mina Konaka au Chili

Photo prise lors d’une visite publique de l’observatoire ALMA dans le désert d’Atacama (Chili) en 2019.

Ce premier contact avec la France a été très marquant. Elle s’est sentie impressionnée par les gens, est tombée amoureuse du pays et de sa culture. « C’est une culture que je veux connaître davantage », se dit-elle. Elle a donc décidé de revenir en France plus tard, peut-être pour son doctorat. L’avenir allait bientôt prouver que c’est ce qu’elle ferait.

Retour à l’astronomie et à la découverte de la France au LESIA

Ainsi, jusqu’à ce point de son parcours universitaire, elle s’était principalement concentrée sur la Lune et les satellites. Elle souhaitait toujours poursuivre ses études jusqu’à l’obtention d’un doctorat, mais ne voulait pas continuer à étudier les mêmes domaines.

Après avoir réussi son master, elle a accepté un poste de 18 mois proposé par la JAXA. Elle y a occupé les fonctions d’ingénieur système sur un satellite de 3000 kg. Une fois la conception terminée, elle a supervisé la phase de validation : tests sous vide, tests de chocs, tests de vibrations, et a également interagi avec les ingénieurs responsables du lancement pour adapter le satellite à la fusée. Mina a acquis des compétences poussées en matière de management et de responsabilités au sein de l’agence spatiale. Elle a estimé qu’elle devait approfondir ses connaissances scientifiques afin de mieux dominer l’ensemble du processus des missions spatiales. En même temps, elle souhaitait mettre en œuvre ses compétences en ingénierie.

Alors qu’elle était à la recherche d’une proposition de sujet de doctorat, elle a vu l’offre affichée sur le site Web du LESIA et a pris contact avec Coralie Neiner. Celle-ci recrutait un doctorant qui serait chargé d’améliorer la préparation technique des instruments de spectropolarimétrie UV et la conception thermique d’un nanosatellite nommé CASSTOR. Elle a trouvé le parcours de Mina intéressant pour mener à bien cette mission.

Le nanosatellite CASSTOR
Le nanosatellite CASSTOR

Crédit image : Vincent Lapeyrère

C’est ainsi qu’elle est arrivée au LESIA, en septembre 2021. Elle travaille actuellement sur la spectropolarimétrie UV pour le satellite CASSTOR. La phase A est en cours et le lancement est programmé pour 2026... s’il n’est pas retardé comme c’est souvent le cas pour bon nombre de missions spatiales. Mina a réalisé le design thermique de ce satellite qui est très fragile et sensible à la chaleur tout comme à la contamination, à l’instar de la plupart des nanosatellites. Il doit donc être surveillé de près et testé sous vide dans la salle Vega, l’une des salles propres du LESIA. Avec Cyrille Blanchard, ils travaillent à améliorer le niveau de préparation technique du satellite pour s’assurer que la conception est correcte et qu’ils obtiennent les résultats escomptés.

L’utilisation de la spectropolarimétrie UV à haute résolution à partir de l’espace est essentielle. En effet, elle permet une meilleure observation de la formation des étoiles chaudes qu’il est difficile d’étudier depuis la Terre en raison de la perturbation atmosphérique. Pourtant, aucun dispositif de spectropolarimétrie UV n’a été envoyé dans l’espace à ce jour. Et c’est l’Observatoire de Paris qui est à la pointe l’innovation dans ce domaine en testant cette nouvelle technologie pour en prouver la faisabilité.

Vue générale du dispositif de spectropolarimétrie UV
Vue générale du dispositif de spectropolarimétrie UV

Crédit : Kenric Citadelle

Des résultats clés sont donc attendus dans les prochaines décennies. Mina est captivée par ce travail et par sa contribution à CASSTOR. Elle est pleine de reconnaissance pour l’aide que lui apportent ses collègues et éprouve un sentiment d’épanouissement dans l’environnement favorable de l’équipe qui l’entoure.

Un pas décisif vers son objectif

Peut-être, dans les derniers paragraphes, avons-nous perdu le fil du projet de Mina ? Elle veut devenir astronaute et toutes ses démarches vont dans ce sens. Alors, revenons-y maintenant ! Comme elle le souligne souvent, son «  but ultime est de devenir astronaute  ». La réussite de son doctorat lui assure un diplôme, un niveau et une culture générale en astronomie et astrophysique. Comme elle le dit si justement : « Rédiger une thèse, c’est s’engager dans une démarche et adopter une stratégie pour se concentrer sur des problèmes afin de les résoudre  ».

En fait, l’obtention de son doctorat est la base sur laquelle elle construit son avenir. Son modèle est Thomas Pesquet et elle a l’intention de suivre ses traces. Il est ingénieur, pilote et astronaute et parle couramment six langues. Pleine d’admiration, elle le décrit comme talentueux et très communicatif. Ainsi, bien qu’elle caresse le projet de devenir le futur « Thomas Pesquet japonais », comme elle le dit avec humour, il lui reste un long chemin à parcourir pour aller au bout de ses rêves.

Alors qu’elle travaillait encore pour la JAXA, elle ne s’attendait pas à ce qu’il y ait une campagne de recrutement... et pourtant, un beau jour, c’est arrivé ! Les amis qui l’entouraient l’ont informée de cette opportunité unique de réaliser ses rêves. Le moment était venu de tenter sa chance et, bien que dubitative, elle postula immédiatement, en 2022. Et pour cause : 4127 candidats étaient également en lice, elle était une femme et parmi les plus jeunes puisqu’elle n’avait que 26 ans et n’avait même pas obtenu son doctorat ! Mais parfois, on peut transformer ce qui peut être considéré comme des points faibles en points forts. C’est justement ce qui semble être en passe de se produire.

Un défi très compétitif

Elle a envoyé sa candidature qui a été retenue alors que la moitié des candidats ont été recalés dès cette première étape. Ensuite, il y avait un test d’anglais, et des tests de culture générale dans de nombreuses matières. Il semblerait fort qu’il faille être omniscient pour devenir astronaute ! Mais c’est loin d’être un problème pour Mina car elle est très impliquée dans le processus de sélection. Donc, une fois de plus, elle a passé cette étape avec succès et est restée parmi les 205 candidats sélectionnés, très majoritairement des hommes puisqu’on compte seulement 17 femmes !

Centre spatial de Tsukuba au Japon
Centre spatial de Tsukuba au Japon

Fusée H-II au TKSC

L’étape suivante a eu lieu en juillet 2022 où les choses sont devenues plus sérieuses que jamais. Elle est retournée au Japon pour deux semaines et un moment déterminant de la sélection. 5 tests comprenant des examens médicaux, des tests pratiques, une présentation, des tests psychologiques et de personnalité. Les résultats de cette étape décisive seront bientôt connus.

Malgré le haut niveau de compétition de cette phase, Mina apprécie le processus. De plus, la JAXA pourrait être intéressée par le recrutement d’une jeune femme parmi les nombreux hommes encore en course. Enfin, n’oublions pas que les astronautes japonais ne sont pas plus de 11 au total et que, parmi eux, seuls 6 sont en activité et ont un âge moyen supérieur à 50 ans.

Quoi qu’il en soit et quel que soit le résultat, son équipe au LESIA est derrière elle avec tout son optimisme. Mina aura besoin de leur soutien. Elle n’est pas encore sortie d’affaire car il lui reste deux étapes à franchir. Si elle reste parmi les finalistes, elle devra subir d’autres tests, comme ceux organisés par la JAXA lors de sa dernière sélection, il y a 13 ans. Peut-être des tests en centrifugeuse pour confirmer sa capacité à résister au lancement d’un vaisseau spatial. Mais jusqu’à présent, elle n’a pu obtenir aucune information claire. Cette dernière partie de la sélection doit être gardée secrète. Nous reviendrons vers vous si elle réussit dans ce processus. N’oublions pas qu’au final, seuls quelques astronautes seront employés par la JAXA !

Quelle que soit l’issue, se concentrer sur les activités des astronautes

Et si elle échoue alors ? Aucune raison de se désespérer. Quoi qu’il advienne, elle reste optimiste. Suivant le fil conducteur de ses rêves et de sa carrière, elle envisage de devenir chercheuse et de communiquer sur l’astronomie, l’astrophysique, évidemment liées aux activités des astronautes. Dans les pas de Thomas Pesquet, elle évoque les différentes compétences qui sont celles d’un astronaute en contact avec le public : être ingénieur, scientifique, pilote, médecin, éducateur, artiste, communicateur et diplomate. Elle compte donc bien s’engager dans la même voie de la communication et de l’éducation pour partager sa passion pour les étoiles et l’Univers avec le plus grand nombre.

Pour m’emmener avec elle vers cet avenir possible, elle me raconte un voyage, il y a deux ans à peine, sac au dos avec des amis, alors qu’elle était encore ingénieur, et sa découverte du désert d’Atacama. Elle a visité ALMA et a été tellement impressionnée par la beauté du ciel que cela lui a rappelé sa première visite au planétarium de Tokyo avec sa mère. Une révélation ! Soudain, elle a réalisé que l’ingénierie pouvait contribuer à l’astronomie. Peut-être n’avait-elle pas besoin de choisir l’une de ces deux voies ? Il était donc possible d’allier l’une et l’autre pour « s’inventer » un métier. C’est ainsi qu’ont germé dans son esprit la décision de venir au LESIA et de s’engager dans le processus de sélection des astronautes de la JAXA.

Espace et océan, un lien évident

Quelles sont les autres passions de Mina ? Avant tout, l’amour de l’océan. Quand elle avait onze ans, elle a obtenu sa licence de plongée sous-marine et ses parents l’emmenaient chaque année au bord de l’océan. Elle aime nager parce que nager, c’est comme se trouver transporté dans l’espace, un lieu où l’on se sent bien et où l’on perd la sensation de pesanteur. Pas étonnant que les astronautes s’entraînent dans des piscines. Pas étonnant non plus qu’elle se sente bien dans l’eau.

Depuis qu’elle est à Meudon, elle pratique l’apnée en piscine. Elle aime aussi étudier les langues comme le français et l’anglais. Bien que le français soit très difficile pour elle, elle se sent très impliquée et motivée pour mieux communiquer avec les gens du pays qu’elle a choisi et qu’elle aime. Peut-être aurons-nous de ses nouvelles dans les années et décennies à venir si elle devient l’une des astronautes japonaises ? Nous lui souhaitons de relever ce défi avec brio et, si tel est le cas, le LESIA, en lui mettant le pied à l’étrier, aura été une contribution majeure dans son parcours vers la Lune !

Portrait rédigé par Luc Heintze
L'équipe CASSTOR
L’équipe CASSTOR

Photo prise pendant la campagne d’ingénierie concourante (CIC) organisée pour CASSTOR dans la salle PROMESS (bâtiment 15). De gauche à droite : Eitan Pechevis, Coralie Neiner, Mina Konaka, Rashika Jain, Boris Segret, Vincent Lapeyrere, et Claude Catala.
Crédit photo : CENSUS